Un accord sur les biens culturels pourrait bientôt voir le jour entre le Cameroun et les États-Unis, visant à protéger les trésors culturels camerounais contre le pillage et le trafic illicite.
Depuis une semaine, Evan Binkley, analyste régional pour l’Afrique subsaharienne au Cultural Heritage Center du Département d’État américain, sillonne Yaoundé pour rencontrer des acteurs clés de la préservation du patrimoine culturel au Cameroun. Officiels du ministère des Arts et de la culture (Minac), représentants des Douanes, du ministère des Relations extérieures (Minrex), responsables de musées et acteurs culturels locaux ont été consultés dans le cadre de cette visite stratégique. L’objectif de cette mission est d’évaluer la demande du Cameroun pour un accord sur les biens culturels, une initiative qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre le pillage et le trafic illicite d’objets culturels. « Je suis ici pour rechercher et produire de la documentation sur les menaces qui pèsent sur le patrimoine culturel camerounais afin de présenter ces informations au Comité consultatif sur les biens culturels. Ce comité, nommé par le président des États-Unis, examinera si un tel accord est dans l’intérêt des deux pays », explique Evan Binkley. Cet accord, s’il est signé, imposera des restrictions sur l’importation de certains biens culturels camerounais identifiés comme étant en péril. Ces objets, s’ils sont interceptés dans des ports d’entrée américains, seront rapatriés au Cameroun, empêchant ainsi leur acquisition par des collectionneurs privés ou des institutions muséales aux États-Unis.
Protéger le patrimoine camerounais

Le Cameroun, riche d’un patrimoine culturel varié, est confronté à des menaces croissantes sur ses biens culturels. Entre pillages, trafics transnationaux et destructions, des milliers d’artefacts historiques ont déjà quitté le territoire, souvent illégalement, pour se retrouver sur le marché international de l’art. « Aux États-Unis, nous avons le plus grand marché de l’art au monde. Il est impératif de disposer d’un cadre légal permettant de protéger les biens culturels des pays partenaires et de prévenir leur utilisation pour financer des activités criminelles », souligne Evan Binkley. Cet accord, inscrit dans le cadre de la Convention de 1970 de l’Unesco sur la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, renforcerait la coopération entre les deux nations tout en offrant au Cameroun un soutien technique et juridique pour protéger son patrimoine. Selon la loi américaine de 1983 sur la mise en œuvre des biens culturels, les restrictions s’appliquent aux artefacts archéologiques datant de plus de 250 ans ainsi qu’aux biens ethnologiques ayant une signification culturelle particulière.
Le Cameroun pourrait rejoindre une liste de 30 pays ayant déjà signé un accord similaire avec les États-Unis, dont le Mali et le Nigeria. Ces collaborations ont donné des résultats concrets. Depuis 2020, plus de 900 objets culturels pillés ont été restitués au Mali, tandis que le Nigeria a vu le retour de 10 pièces en terre cuite de Nok, saisies grâce à des enquêtes menées par la sécurité intérieure américaine. Cependant, la mise en œuvre de tels accords soulève des défis, notamment en ce qui concerne la désignation des autorités responsables du rapatriement des objets. « À qui ces biens doivent-ils être restitués ? Au gouvernement, à un ministère, à un musée national ou à une autorité traditionnelle ? Ces questions sont cruciales pour garantir une restitution juste et équitable », précise l’analyste américain. En attendant la décision finale du Comité consultatif sur les biens culturels, Evan Binkley poursuit ses consultations au Cameroun.
Michel NONGA
